Interview avec Michel Wolfstirn

Français d’origine, Michel Wolfstirn est basé en Norvège depuis plus de 12 ans. Il est consultant indépendant sur le sujets de la durabilité et de l’économie circulaire et fondateur de Biomimicry Norway, une organisation dédiée à la mise en avant du biomimétisme localement. Dans cette interview Michel revient sur son expérience dans l’industrie pétrolière et sur son pivot professionnel vers le développement durable; il a décidé de suivre ses croyances. Il a été l’un des premiers à rejoindre le réseau Circulab network en 2015 et nous livre les raisons de ce choix ainsi que certains des meilleurs moments partagés avec les membres du réseau.

Salut Michel, pourrais-tu en quelques mots te présenter et nous présenter ton parcours ?
J’ai fait des études d’ingénieur avec une spécialité dans le génie mécanique à travers une formation double-diplomante des Arts et Métiers ParisTech’ en France et de l’Université de Karlsruhe KIT en Allemagne. Ça m’a permis d’aller faire un projet de fin d’étude en Norvège en 2006/2007 dans une compagnie pétrolière. Je suis tombé amoureux du pays et suis resté en Norvège depuis!

Après 8 ans d’expérience dans l’industrie pétrolière, comment en es-tu venu à te reconvertir sur des sujets d’innovation à impact positif ?
L’idée a en fait toujours été présente pour moi. Je me suis en fait un peu leurré en me lançant dans le pétrole, j’imaginais que les entreprises dans ce domaine, sentant la fin proche, iraient sans doute investir leurs gros dollars dans des solutions innovantes durables… Il m’a fallu un peu de temps pour me rendre compte que ça ne se passait pas comme ça en réalité, et il m’a fallu quelques années de plus pour me sortir d’une situation fort comfortable et suivre mon coeur pour me reconvertir dans le développement durable fin 2015. La reconversion n’a pas été évidente, surtout qu’en Norvège, le développement durable n’en est vraiment encore qu’à ses balbutiements, faute d’une économie peu diversifiée qui repose à 70% sur l’industrie pétrolière… J’ai d’abord choisi la voie du biomimétisme, voyant que cette niche n’étais pas encore occupée, puis j’ai rapidement ajouté l’économie circulaire à mes offres, voyant que les entreprises commencent à répondre à ce principe.

L’économie Norvégienne repose à 70% sur l’industrie pétrolière.

 

Aurais-tu des conseils pour ceux qui souhaiteraient suivre la même voie ?
Oui: lancez-vous! Créez votre réseau, créez des synergies, observez votre environnement économique et social et répondez à ses besoins. J’ai beaucoup luté au début parce que je ne savais pas comment vendre mes services et j’avais un peu peur de passer pour un imposteur… Avec l’aide d’un coach pour la vente j’ai finalement réussi à m’améliorer sur le premier point et l’approche vente d’atelier à des entreprises et aux universités a permis de créer des liens et développer mon business. Pour ce qui est de passer pour un imposteur, je me suis rendu compte que j’avais finalement toujours quelque chose à apporter sur la table, l’essentiel est de d’abord être attentif aux besoin du client, bien les comprendre, avant de se lancer dans le travail. Lorsque mes compétences sont insuffisante, j’ai développer un réseau assez diversifié qui me permet d’y faire appel pour toujours livrer un travail de qualité.

L’économie circulaire est un principe du vivant.

 

Tu travailles beaucoup sur les enjeux du biomimétisme; notamment à travers BiomimicryNorway que tu as créé. Quel lien fais-tu entre biomimétisme et économie circulaire ?
Dans la nature, ce qui est un déchet pour un organisme, est une ressource qui a beaucoup de valeur pour un autre organisme. L’économie circulaire est un principe du vivant.

Innovation, créativité, durabilité; quel rapport fais-tu entre ces principes clefs ?
Pour moi, la créativité est essentielle dans le processus d’innovation, et pour trouver des solutions vraiment durable, il va falloir accélérer l’innovation et redoubler de créativité. J’aimerais beaucoup voir une plus grosse focalisation sur l’innovation durable pour qu’on puisse atteindre les objectifs du GIEC.

Cela fait bientôt 3 ans que tu fais partie du réseau Circulab network, y a t’il un moment clef que tu souhaiterais partager ?
Difficile de se cantonner à un moment. Ce que j’apprécie énormément dans ce réseau c’est la diversité et les opportunités qu’il apporte. En 3 ans j’ai été amené à co-faciliter des ateliers avec Wiithaa à Paris et à Londres, avec Phoebe Blackburn à Berlin, et là on travail avec Taco Snippen des Pays-Bas pour organiser son concept de workshop focalisé sur le ‘procurement’ à Oslo en Janvier. Plus localement ça m’a aussi permis de nouer des liens et faciliter des ateliers avec mes collègues Norvégiens du Circulab: Kia Klavenes et j’ai hâte d’en faire aussi avec Helle Moen qui nous a rejoint récemment!


Un projet clef en Norvège qui t’inspires particulièrement ?
Aujourd’hui j’avais une réunion avec le grand cabinet d’architecture et de design Snøhetta concernant un projet de recyclage de plastique qu’on essaye de mettre en place à Oslo. Ils m’ont parlé d’un de leurs projets en cours qui avait commencé l’an dernier par de la recherche sur le plastique et son recyclage en s’inspirant de Precious Plastics aux Pays-Bas. Ça a débouché sur un projet très intéressant où ils ont réussi à mettre en relation une entreprise de moulage par injection de plastique du Nord de la Norvège avec un industriel de l’industrie poissonnière qui était presque son voisin. L’industriel jette près de 50T de fillets de pêche par an, et l’entreprise de moulage importe du plastique ‘neuf’ dans des quantités similaires… Le matériau est compatible et l’approvisionnement devrait bientôt pouvoir se faire entre les deux en passant par une entreprise qui peut transformer les fillets en granulés de plastique propice au moulage. Seul hic: la couleur du plastique des fillets qui n’est pas homogène… Mais Snøhetta a transformé ça en avantage pour mouler des pièces avec de jolis motifs de couleurs semi-aléatoires. Leur premier produit, qui est une chaise iconique norvégienne devrait être produit en série sous peu!

 

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