Interview avec Rebecca Narewski

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Pour cette troisième interview rendez-vous avec Rebecca Narewski. Rebecca fait partie de la première promotion des consultants certifiés Circulab. Elle a rejoint le réseau en septembre 2015 et a travaillé depuis sur l’animation d’ateliers auprès de l’Oréal, l’Association Française de Développement ou encore sur la co-construction de la formation Économie circulaire et cosmétique-beauté.
Consultante en étude marketing et économie circulaire, en particulier pour les industries cosmétiques, textile et alimentaire, et toujours à l’affût des nouvelles initiatives et tendances, elle nous partage son parcours et sa vision, en gardant un regard critique mais optimiste.

Salut Rebecca, pourrais-tu en quelques mots te présenter et nous présenter ton parcours ?

Avec plaisir ! Diplômée d’une école de commerce international et des chambres de commerce de Londres et de Wiesbaden, j’ai mené ma carrière dans les études marketing. J’ai fondé et continue d’animer FINDING, société d’études et de conseil, au sein de laquelle j’ai développé une expertise dans les secteurs du luxe, des cosmétiques, de la mode et de l’alimentaire, en France et à l’échelon international.

Quel lien entre économie circulaire et marketing ?


A priori, on pourrait se dire qu’il n’y a pas de rapport, voire un antagonisme entre les deux. L’économie circulaire est vertueuse, porteuse de progrès et d’avenir. Et le marketing est aujourd’hui fortement dénigré, assimilé à de la manipulation et de la publicité mensongère. Or, les études marketing permettent de faire se rejoindre la vision d’une entreprise et la perception qu’en ont ses clients. A titre d’exemple, une étude permettra d’éviter qu’un message sur-vende un produit ; qu’on lui associe des propriétés qu’il n’a pas. Le marketing intègre les tendances sociétales et les études marketing permettent de détecter les signaux faibles de changement de société.
L’économie circulaire s’inscrit dans un changement de regard et, partant, de société. En outre, elle a des principes systémiques. Et dans ce système, il y a l’humain, qu’il s’agisse d’un client ou d’un citoyen. Il est partie prenante et le cercle vertueux ne peut fonctionner que si la sociosphère en fait partie intégrante.
 

L’économie circulaire s’inscrit dans un changement de regard.

 


Tu as travaillé de nombreuses années dans l’industrie des Parfums et Cosmétiques. Il s’agit d’une industrie complexe, étroitement liée à la qualité des ressources naturelles telles que l’eau ou les végétaux; où en est la filière cosmétique sur les sujets d’innovation durable et responsable ?

A ma connaissance, c’est la filière la plus engagée et la plus avancée. Parce qu’elle est, précisément, intrinsèquement liée à la qualité et la préservation des ressources naturelles qui constituent ses matières premières. 
J’ai animé la table-ronde sur l’Economie Circulaire à Luxe Pack Monaco et nous avons monté ensemble (ndlr avec Justine Laurent) le module de Formation dédié (ndlr Formation économie circulaire et Parfums-Cosmétiques). Pour parfaire mes connaissances au-delà des initiatives que je connaissais par mon travail dans ce secteur qui m’est cher, j’ai mené de nombreuses recherches qui m’ont permis de confirmer combien la filière est pro-active en matière de développement durable et responsable. Qu’il s’agisse de marques de Luxe, de pharmacie – parapharmacie ou de grande diffusion, nombre d’acteurs mènent des actions de préservation de la bio-diversité : protection des abeilles ; culture des plants ; utilisations des co-produits des plants ; modes de production et gestion des ressources naturelles … la filière fourmille d’initiatives remarquables. Et si l’on note des disparités d’engagement entre les marques ou les groupes, j’ai bon espoir que l’exemplarité des initiatives soit un moteur de progrès pour les autres. Enfin, de nombreuses mutualisations avec des associations ou fondations et entre acteurs permettent à la filière de progresser sur ces sujets.

J’aimerais également souligner le fait que la Cosmétique végane et cruelty-free est riche en initiatives exemplaires. Dans sa vision holistique, elle embrasse ces sujets avec une grande proximité avec sa clientèle, ce qui ne peut qu’être bénéfique sur un plan pédagogique.

Autant d’initiatives que nous portons à la connaissance de ceux qui travaillent avec nous en formation ou en accompagnement, afin de rendre leurs Business Models plus vertueux.

 

Certaines filières sont pour l’heure, davantage dans la réduction des impacts négatifs que dans la réalisation d’impacts positifs.

 


Il y a-t-il un projet à impacts positifs qu’il faudrait selon toi particulièrement partager ?

Je trouve cette question d’autant plus pertinente que certaines filières sont pour l’heure, davantage dans la réduction des impacts négatifs que dans la réalisation d’impacts positifs. Dans la filière des Parfums & Cosmétiques, on trouve nombre d’engagements à impacts positifs sociaux et environnementaux.

Le projet dont j’aimerais souligner l’importance est celui de la Grande Muraille Verte en Afrique et l’engagement des Laboratoires Pierre Fabre, avec le shampooing Klorane au dattier du désert : en droite ligne de la philosophie du fondateur Pierre Fabre, qui tenait à se présenter comme botaniste et veillait à préserver chaque plante dont il découvrait les propriétés, Klorane a sélectionné le Balanites aegyptiaca (L.) Delile – Dattier du désert – pour sa richesse en protéines et acides gras aux propriétés réparatrices du cheveu. L’Institut Klorane soutient le programme de la Grande Muraille Verte visant à lutter contre la désertification au Sahel par la plantation de 10 000 Dattiers du désert par an pendant 3 ans au Sénégal. Les dattes sont cueillies à la main dans le respect de l’écosystème et des populations.
L’initiative contribue donc à la coulée verte qui lutte contre la désertification, restaure les écosystèmes sahéliens menacés par la désertification, avec des impacts positifs environnementaux et bien évidemment sociaux pour les populations.
Car plus largement, la Grande Muraille Verte s’accompagne d’actions en agroforesterie, avec un effet démultiplicateur des bénéfices : la production agricole est favorisée, est principalement gérée en coopérative par des femmes, permettant l’auto-suffisance, la vente sur les marchés et la diversification de l’alimentation. Les bénéfices sont réinjectés dans la coopérative. L’argent permet de mettre en place un système de prêts et de tontines… tout un éco-système régénératif se met en place, au bénéfice de la biodiversité, des animaux, de l’économie, des populations dont les femmes (véritable enjeu, confirmé lors de la dernière conférence Africa Time for a New Deal, à laquelle j’ai été conviée).


Dans tes projets personnels et professionnels, tu es très impliquée dans les initiatives citoyennes, sociales et environnementales. Selon toi, quel rôle les citoyens ont à jouer dans la transformation de nos modèles économiques et modes de production ?

Les citoyens jouent selon moi un rôle majeur. Sans les citoyens, point de salut ! Combien de pétitions citoyennes ont permis de faire bouger les lignes… Je pense par exemple à la loi sur le pourcentage de bio dans les cantines. La mobilisation citoyenne a grandement contribué à faire passer la loi. De même, ce sont aujourd’hui les citoyens qui s’emparent de la transformation des territoires, de la re-végétalisation urbaine, la création de jardins partagés, la démultiplication d’AMAP (Association Pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) et une économie relocalisée. Les Incroyables Comestibles sont nés d’une initiative citoyenne et font partie des moteurs de la transition de la ville de Totnes, berceau du mouvement des villes en Transition.

Le secteur de la Mode Durable, dans lequel je suis également très impliquée, existe parce qu’il y a une volonté des clients, en tant que citoyens, d’une mode plus responsable, plus respectueuse de l’environnement et des conditions de travail des salariés. Les modèles économiques de la Fast Fashion sont bouleversés par ce phénomène grandissant. Les citoyens s’insurgent contre les désastres sociaux, humains, environnementaux générés par les conditions de production et la surproduction. Le drame du Rana Plaza – l’effondrement d’un immeuble abritant des ateliers de confection au Bangladesh le 24 avril 2013 – a marqué les esprits. 1138 morts, plus de 2000 blessés travaillant pour les plus grands acteurs de la mode.

Le Mouvement Fashion Revolution a été initié certes par une créatrice de mode, pour dénoncer les conditions de travail déplorables, mais il n’aurait pas eu cette ampleur s’il n’avait pas été suivi par les citoyens dans le cadre d’une immense mobilisation. Aujourd’hui, le Fashion Revolution Day s’est transformé en Fashion Revolution Week. Le mouvement est mondial, suivi dans plus de 100 pays et demande une refonte systémique de l’industrie de la mode.


Et le Circulab ?

Le Circulab est très précieux pour moi à plusieurs titres :

  • Les outils et la méthodologie permettent de répondre aux enjeux de structuration de l’action d’une part, de créativité d’autre part, enjeux inhérents à la transformation des modèles économiques. Ils permettent d’identifier les zones de progrès en fédérant les équipes en interne et avec les parties prenantes. L’intelligence collective prend tout son sens et a un effet de levier spectaculaire.
  • Le réseau que nous constituons, avec ce bel état d’esprit qui nous fédère depuis 2015, est un terreau fertile de partage de connaissances, d’expérimentations et de réelle co-construction.


En tant que facilitatrice aguerrie, quel est le moment que tu préfères dans l’animation d’un atelier Circulab ?

Ce moment où les yeux s’illuminent. Où les participants réalisent à quel point, grâce au Circulab, ils peuvent avoir des idées pertinentes alors qu’ils ne sont pas spécialistes du Développement Durable; qu’ils peuvent trouver des solutions viables, dans une jubilation collective et le plaisir.


Quel(s) conseil(s) donner à une grande entreprise qui souhaiterait intégrer de manière viable l’environnement à ses produits ou services  ?

Remettre à plat son Business Model et la chaîne de valeur pour mettre à jour toutes les zones de création d’impacts positifs. Ne pas hésiter car c’est ce que le marché attend. Et les salariés aussi !

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