Interview avec Valérie Schneider

Pour cette nouvelle interview des experts Circulab, nous partons à la rencontre de Valérie Schneider, consultante et facilitatrice en RSE (Responsabilité sociétale des entreprises), Développement  Durable et numérique responsable. Elle a rejoint le réseau Circulab network en 2016 et a depuis animé plus d’une vingtaine d’ateliers de la sensibilisation à l’action, auprès d’étudiants de l’ESIEE ou du PERCCOM, de la FEI Paca ou de L’Oréal.

Découvrez son parcours, sa vision de la RSE, mais également son expérience Circulab à Paris en en France.
Salut Valérie, pourrais-tu en quelques mots te présenter et nous présenter ton parcours ?

Je suis facilitatrice du développement durable en entreprise. Diplômée d’HEC Montréal, j’ai passé 23 ans à des postes de responsable produits et solutions dans différents secteurs des nouvelles technologies et dans un contexte international : logiciel, carte à puce, télévision numérique. J’ai découvert le développement durable en m’interrogeant sur la place de l’humain dans l’entreprise et sur la place de l’entreprise dans le monde qui nous entoure. Quand j’ai réalisé que les entreprises pouvaient contribuer à un monde plus durable, je me suis formée à la RSE pour acquérir les outils, les méthodes, le vocabulaire. J’ai sauté le pas en 2014 et me suis mise à mon compte, je dirige aujourd’hui Valérie Schneider Conseil.

“Les entreprises peuvent contribuer à un monde plus durable.”

Mon objectif est d’accompagner les entreprises sur 3 domaines qui me tiennent à cœur et pour lesquels j’ai acquis une expertise au fil de mes missions : la stratégie RSE, l’économie circulaire et le numérique responsable (GreenIT). Je me présente comme facilitatrice et non comme conseil car j’estime que mon rôle est de rendre les dirigeants autonomes sur ces trois sujets en leur permettant de trouver la stratégie et les actions qui collent au mieux avec leur réalité quotidienne et économique. Je veux être dans le passage à l’action, dans le concret et non dans la théorie.

Quelles sont les valeurs que tu souhaites partager ou partages à tes clients et partenaires ?

Je ne sais pas si ce sont des valeurs ou les clés de ma réussite, mais je citerais l ‘engagement, la curiosité, l’humanisme et la bonne humeur.

 

J’ai été conquise par la manière dont la méthodologie Circulab fait émerger des idées qui peuvent se transformer en actions concrètes.

 

Tu as rejoint le réseau Circulab il y a bientôt 3 ans. Pourrais-tu nous partager les raisons de ce choix ?

J’ai découvert le Circulab grâce à Marion Bailly qui m’avait fait confiance pour un projet de co-animation chez un client. Je me suis inscrite avec elle à une démo Circulab et j’ai été conquise par la manière dont la méthodologie fait émerger des idées qui peuvent se transformer en actions concrètes.

Il semble que la RSE et le développement durable aient été pendant très longtemps abordés par les entreprises comme des services rendus à la société et à leurs salariés en marge de leurs activités. Selon toi pourquoi est-il si difficile pour elles de considérer ces approches sous l’angle de la création de valeur(s) ou de l’innovation plus que sous l’angle de la contrainte ?

Je partage ce constat même si je n’en ferais pas une généralité. On peut voir la RSE comme un “droit à opérer”, une sorte de comportement vertueux que se donneraient les entreprises pour atteindre leur marché, un outil de communication marketing. Mais la contrainte est multiforme, pas juste réglementaire. Dans un monde où l’information circule très très rapidement, où les jeunes qui rentrent sur le marché du travail cherchent du sens, signent des manifestes indiquant qu’ils ne veulent pas travailler dans une entreprise qui pollue, où les citoyens et les consommateurs s’informent de plus en plus sur les produits qu’ils achètent, les entreprises doivent apporter plus que des engagements, des actions concrètes ! J’observe trois mondes que je ne saurais trop quantifier de manière exacte :
– les grandes entreprises qui intègrent la RSE dans leur stratégie. Ces dernières ont également mis en place des approches liées à l’économie circulaire, soit sur la réduction des déchets, soit plus rarement sur la conception de leurs produit
– les entreprises qui se limitent à quelques engagements, à quelques phrases “bateau” sur la RSE, mais leurs parties prenantes sont de moins en moins dupes.
– les PME qui sont à la fois les plus innovantes parce que le processus de décision et d’innovation est plus rapide chez elles, mais que l’on pourrait considérer parfois plus comme de “bons élèves” répondant de façon scolaire aux cahiers des charges RSE de leurs donneurs d’ordre sans essayer d’aller plus loin.
Toutes ces entreprises mériteraient de se poser deux minutes, de prendre le temps de la réflexion, d’imaginer et surtout de mettre en oeuvre des modèles plus circulaires ! Elles ont oublié la vision long terme, pressées par un monde où tout va vite, trop vite.

Le Circulab est présenté comme un outil qui permet “d’intégrer véritablement la RSE”. Qu’en penses-tu ?

Complètement d’accord ! Tous les ingrédients de la RSE sont là, même si au départ on pourrait penser que lorsque l’on parle d’économie circulaire on aborde principalement le volet environnemental. Avec le Circulab, on s’attache à réfléchir sur le modèle d’affaire. Les coûts et les revenus sont intégrés dans la méthodologie. Lorsqu’on doit définir les impacts positifs et négatifs d’un projet on peut raisonner à la fois sur les impacts environnementaux et sociaux. De plus, la notion de partie prenante est prise en compte avec le Circulab Partners mais surtout la méthodologie incite à les intégrer dans les réflexions collectives.

 

Le tri et la collecte des DEEE (Déchets Electriques Et Electroniques) est une bonne pratique mais ne sera pas suffisante.

 

Avec ta double casquette RSE et numérique responsable tu interviens beaucoup en école d’ingénieur. Quel est le niveau de connaissance et et de compétences des étudiants par rapport aux enjeux liés aux ressources naturelles et aux impacts négatifs ?

Pour la grande majorité d’entre eux, c’est une découverte.  Certains ont entendu parler des impacts énergétiques des centres de données mais très peu ont pris conscience qu’un des principaux défis de la transition numérique est la question des ressources. Nous n’avons tout simplement pas, à l’échelle planétaire les ressources à un prix d’extraction raisonnable qui nous permettront de mener cette transition numérique. C’est également un enjeu de conditions de travail, de pollution lors de leur extraction mais aussi un enjeu géostratégique. En effet la Chine concentre plus de 90% de la production des terres rares et s’est dotée d’un savoir faire sur toute la chaîne de valeur (pour faire court : extraction, raffinage, fabrication d’aimants, production de nos équipements numériques). Le tri et la collecte des DEEE (Déchets Electriques Et Electroniques) est une bonne pratique mais ne sera pas suffisante car ces matériels, peu éco-conçus utilisent des alliages de métaux et terres rares que l’on ne sait pas toujours séparer à des coûts économiquement viables.
Du coup, je consacre une partie de mes interventions en école d’ingénieur à les faire réfléchir et imaginer des solutions circulaires en les faisant jouer au Circulab. J’ai conçu un cas fictif à base d’un scenario sur les objets connectés.

En parlant de numérique, pourrais-tu nous en dire un petit peu plus sur l’Alliance GreenIT que tu as rejoint en 2015 ?

C’est l’association des acteurs du numérique responsable. Une association indépendante qui réfléchit sur le bonnes pratiques à mettre en oeuvre face aux enjeux du numérique et propose des Livres Blancs ainsi qu’un baromètre des pratiques GreenIT en entreprise.
Sont présent à l’AGIT des membres individuels, une école d’ingénieur, deux associations, un label, des entreprises unipersonnelles et des multinationales. La gamme d’expertises est variée car les compétences couvrent un large spectre du Green IT, de l’éco-conception logicielle aux DEEE en passant par le pilotage énergétique, les réseaux et le Data center. L’association fonctionne par Groupes de Travail. Je dirige actuellement un groupe de travail qui s’attache à identifier les impacts sociaux et sociétaux du numérique.

 

Ma grande satisfaction c’est quand les étudiants ont compris la logique circulaire et proposent des solutions innovantes directement applicables.

 

Quels sont les résultats de tes interventions ?

Dans l’enseignement, ma grande satisfaction c’est quand les étudiants ont compris la logique circulaire et proposent des solutions innovantes directement applicables. Cela a été le cas par exemple avec la promotion du Mastère Innovation et Gestion de Projet de l’ESIEE qui a imaginé une réutilisation des chutes et panneaux en Dibond (une matière pour l’impression numérique grand format à base de PVC + Aluminium) d’un imprimeur grand format en partenariat avec une fédération d’artistes.
Auprès des entreprises, c’est quand le projet devient réalité parce qu’il a été imaginé et porté par les salariés et qu’en plus il fait faire à la structure de belles économies tout en réduisant les déchets. Cela a été le cas avec L’Oréal au printemps 2017.

Quelle est la dernière rencontre qui t’a le plus marquée dans le cadre de tes activités ?

Toutes les rencontres m’apportent quelque chose. Sans arrière pensée politique, j’avoue avoir été favorablement impressionnée par le discours de Brune Poirson sur l’économie circulaire à destination des entreprises fin octobre. J’ai été particulièrement marquée par sa volonté de récompenser les entreprises vertueuses. Autrement dit, on pourrait voir fleurir des incitations fiscales pour les entreprises qui s’engagent. Une évolution de la contrainte vers l’incitation ?

Un chef d’entreprise passant par là te demande : “l’économie circulaire, pourquoi faire ?”, quelle serait-ta réponse ?

Pour passer à l’action et faire mieux avec moins.

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